Prévois-tu ouvrir bientôt ta propre boîte de productions?

Ha, ha! Non. L’avantage de Polytechnique a été la possibilité de suivre le projet pas à pas. Au lieu de me consacrer, par exemple, à cinq projets en cinq ans, je me suis concentrée sur un long métrage. Je suis dans la mi-vingtaine et c’est le temps pour moi d’apprendre et de réaliser que d’investir autant de temps dans un projet vaut la peine. C’était mon idée au départ, mais voir Denis Villeneuve (le réalisateur) prendre ce film en main et ajouter sa vision au projet, observer l’équipe se mobiliser et réaliser à quel point ce qui n’était qu’une idée au départ s’est développé a vraiment été incroyable.
 
Polytechnique est le projet qui a occupé la plus grande place dans ta vie jusqu’à présent. As-tu eu à faire un deuil une fois qu’il a été complété?

Je suis encore très jeune et c’est mon premier projet en tant qu’adulte, mais non, je n’ai pas eu à vivre un deuil. En fait, il s’est fait petit à petit. Quand on a terminé le tournage, on vivait avec ce film depuis déjà trois ans. Je savais aussi que plusieurs autres étapes comme l’étalonnage, le son et le montage devaient être effectuées. L’expérience de Polytechnique diffère des autres que j’ai vécues. Souvent, on travaille de façon intensive pendant un mois et demi et, un an plus tard, on s’investit pendant trois semaines dans la promotion du produit final. Le projet semble alors se terminer une seconde fois! J’ai l’impression d’être vraiment allée au bout de Polytechnique. Le deuil s’est fait naturellement.
 
Lorsqu’on écoute Polytechnique, on est dérouté devant le drame. Cette même atmosphère poignante régnait-elle sur le plateau de tournage?

On a passé plusieurs années ancrées dans le drame avant de filmer, ce qui a aidé. Le tournage n’a pas toujours été évident, sans être lourd non plus. On était une petite équipe qui avait vraiment le désir de faire un beau film, d’y mettre une belle énergie. Ceux qui ne croyaient pas en ce projet n’étaient pas sur le plateau. On se sentait responsable de ne pas livrer le film n’importe comment alors ça a amené une certaine rigueur. Denis a vraiment bien géré son équipe. Il s’assurait que tout le monde était à l’aise, bien que certaines scènes s’avéraient plus émouvantes à filmer pour les comédiens et les techniciens.
 
Maxime Rémillard, ton amoureux, est l’un des coproducteurs de Polytechnique Comment était-ce de conjuguer amour et travail?

Ça s’est fait super bien. Maxime et moi, nous nous sommes connus au travail il y a plusieurs années; au départ, on était de bons complices. De plus, d’un point de vue humain, tout le monde était interpellé par Polytechnique. Il n’y avait absolument pas de guerres d’ego. Ce qui est peut-être difficile, c’est lorsque la fonction de l’un fait sentir l’autre moins à sa place. Dans ce cas-ci, tout le monde avait la chance de s’exprimer et devait mettre son ego de côté pour être à la hauteur des témoignages reçus. Tu ne peux pas toucher à une histoire ancrée dans la mémoire d’une société et oser désirer y occuper une petite place comme individu! Une espèce de sérénité s’est installée, alors il a été facile de concilier les deux.
 
Il y a quelques années, tu as participé à un téléfilm américain, Killer Wave. Ce printemps, tu amorceras le tournage de Men Don’t Lie, une coproduction hongro-américaine, suisse et française. Tentes-tu de pousser ta carrière vers l’international?

J’aspire à cela lentement, mais sûrement. J’ai osé faire Polytechnique ici, sachant que je n’aurais pu avoir autant d’appui dans un autre marché. Je suis consciente que je devrai en quelque sorte retourner à la case départ, incarner parfois de plus petits rôles. Et j’ai le désir de travailler avec des réalisateurs vraiment intéressants; c’est la chance que j’ai eue ici. Surtout, il faut que j’arrête de penser qu’il est trop tard. Puisque j’ai commencé à travailler à un jeune âge au Québec, j’ai souvent eu l’impression que ma carrière à l’international aurait dû décoller à mes 18 ans. Aujourd’hui, j’ai 25 ans et c’est encore le temps. Il n’est pas trop tard. Ça vaut le coup de tenter sa chance.
 
À la fin mars, tu animeras le gala des prix Jutra. Angoisses-tu à cette idée ou accueilles-tu ce défi avec un grain de sel?

C’est un gros défi, mais en même temps, j’aime tellement cet événement! Je le connais si bien et il m’a tant emportée. C’est cliché de dire ceci, mais c’est vraiment un honneur. J’assiste au gala depuis onze ans. J’ai vraiment grandi avec lui. J’imagine que je vais vivre plus de stress quelque temps avant la soirée, mais pas pour le moment. Je sais que je vais pouvoir rester moi-même, ne pas devoir faire de gags forcés. Je connais bien les gens qui seront dans la salle; je ne suis pas prise avec un sentiment d’imposteur. Aussi, ce n’est pas moi la plus jeune dans la bande. Plusieurs enfants ont œuvré dans le cinéma québécois cette année, notamment dans les films C’est pas moi, je le jure! et Maman est chez le coiffeur. C’est une position que j’aime beaucoup.
 
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Karine Vanasse incarne une étudiante brillante et passionnée dans le drame Polytechnique, inspiré des témoignages des survivants de la tragédie survenue le 6 décembre 1989. La comédienne désire par ailleurs s’investir dans des projets documentaires ainsi que dans des courts métrages avec de jeunes créateurs audacieux. Sans surprise donc, elle tient les rôles principaux des courtes productions Emma Fire et Un mois, qui seront présentées à la Cinémathèque québécoise, à Montréal, le 24 et le 28 février aux Rendez-vous du cinéma québécois. Karine Vanasse a également coréalisé un film de quatre minutes, Marie-Neige, qui sera quant à lui diffusé le 22 février à la Cinémathèque québécoise et le 25 février au Centre Segal dans le cadre du même événement.
 
Par Carolyne Marengo